1 doigt d’histoire : Populisme

Article paru dans le n°6 de mars 2019.

Si « le spectre du communisme ne hante plus la planète » depuis plusieurs décennies, le populisme est, petit à petit, devenu la nouvelle bête immonde du discours public, faisant frémir de peur et de fascination mêlées la sphère d’experts économico-politico-médiatiques.

« La crainte du danger est mille fois plus terrifiante que le danger présent« 

Robinson Crusoé, Daniel Defoe.

Au cours de l’histoire, le terme de populisme a désigné des mouvements politiques très différents. Il devient un mot fourre tout selon les époques, parce qu’en politique, on ne fait pas référence à la tendance artistique qui s’attache à l’expression de la vie et des sentiments des milieux populaires.

Lorsqu’il apparaît au XIXe siècle, le mot n’est pas péjoratif, puisqu’il désigne des mouvements populaires de protestations rurales et urbaines à travers l’occident.

Au XXe siècle, au sortir de chacune des deux guerres mondiales, le terme fait plutôt référence aux formes de nationalismes, protectionnismes, autoritarismes, etc.

Depuis le début du XXIe siècle, au lendemain des crises économiques mondiales provenant de jeux de pouvoirs et de moyens d’élites guerrières globalistes, des « populistes » professionnels affirment être les « porte-parole du peuple«  — la fameuse « majorité silencieuse » homogène et fantasmée — qu’ils protégeraient contre les élites et le « système«  — ce mot vague représente la finance internationale, les politiques ou les médias de priver le peuple souverain de ses droits, de son identité, de sa culture, et de sa liberté d’expression —, tout en flirtant avec le complotisme, usant et abusant de formules chocs et démagogiques — toujours dans un registre purement [sentimental et faussement] émotionnel — et en instrumentalisant l’opinion…

Le populiste, pour les croulants biens-pensants-académiques, est : « une attitude. Le comportement d’un homme ou d’un parti politique qui, contre les élites dirigeantes, se pose en défenseur du peuple et en porte-parole de ses aspirations, avançant des idées le plus souvent simplistes et démagogiques. »

« Le seul danger, c’est la bêtise ou l’incompétence« 

— Isabelle Hupert.

Rien de nouveau et non moins exclusif à ce type de manipulation des professionnels de la politique, de l’opportunisme oligarchique… Il n’est d’ailleurs en rien surprenant que les élites tentent d’étouffer les critiques de plus en plus nombreuses qu’elles essuient. Ce qui l’est plus encore, c’est que le mot « populiste » soit employé pour disqualifier ces critiques et ceux qui les portent. Les termes de démagogue, de bonimenteur, ou tout simplement de politicien pourraient très bien être utilisés pour dénoncer ces professionnels, prêts à tout pour se faire élire ou pour tenir quelques brides de l’économie. Mais non, les élites parlent de « dérives populistes« , laissant entendre qu’un recours au peuple pourrait nous ramener aux heures les plus sombres de notre histoire.

« l’accusation de populisme masque en fait l’idée que l’appel à une forme plus directe ou plus impliquée du peuple reste fondamentalement illégitime, parce que le peuple serait, comme par nature, incapable de se gouverner par lui-même« 

Populisme, le fantasme des élites, Benoît Schneckenburger.

Toute volonté de rupture avec le système actuel, qu’elle soit portée par un quidam ou par un professionnel de la politique, est frappée du sceau de l’infamie. Toute tentative de redonner au peuple la souveraineté qui, naturellement, lui revient de droit est dénoncée comme une abomination, une insupportable et inconcevable « dérive populiste« . Comme si se rapprocher des aspirations populaires menait inévitablement à la catastrophe. Comme si le peuple ne pouvait accoucher que du pire sans la tutelle bienveillante de ses représentants éclairés.

Rappelons que les pères fondateurs de ce que nous appelons aujourd’hui (à tort) « démocratie » n’avaient aucune envie de voir les citoyens prendre part à la chose publique autrement que par le truchement des élites :

« Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie — et la France ne saurait l’être —, le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants.« 

— Discours du 7 septembre 1789,
Abbé Emmanuel-Joseph Sieyès
[c’est qui ?]

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